Du 02 au 16 février 2026, le Conseil Économique, Social, Environnemental et Culturel (CESEC) a tenu les travaux de la 9ᵉ session ordinaire de la 6ᵉ mandature autour du thème : « Culture et Éducation : deux socles mais aussi deux défis pour un développement harmonieux ». Au terme des réflexions, le Conseil a formulé une série de recommandations fortes qui dépassent le simple cadre sectoriel. Elles traduisent une volonté affirmée d’inscrire la culture et l’éducation au cœur de la transformation économique et sociale du Mali.
La culture comme levier économique et identitaire
En recommandant l’allocation d’au moins 5% du budget national au département en charge de la Culture, le CESEC envoie un signal politique fort : la culture ne doit plus être perçue comme un secteur secondaire, mais comme un investissement stratégique.
Au-delà de la préservation du patrimoine, la réhabilitation des lieux de mémoire participe à la consolidation de l’identité nationale dans un contexte de fragilité sociale et sécuritaire. Elle constitue également un potentiel moteur de croissance à travers le développement du tourisme culturel, de l’artisanat et des industries créatives.
La création de fonds dédiés à la protection du patrimoine et au financement de la création artistique, ainsi que la mise en place d’une Agence nationale de promotion des industries culturelles et créatives, traduisent une orientation vers une économie culturelle structurée, génératrice d’emplois, notamment pour les jeunes.
De même, la mise en place d’une Commission nationale pour le retour des biens culturels s’inscrit dans une dynamique de souveraineté culturelle et de réappropriation du récit national.
Refonder l’éducation pour renforcer le capital humain
Les recommandations relatives à l’éducation et à la recherche scientifique traduisent une préoccupation centrale : la qualité du capital humain conditionne la compétitivité et la stabilité du pays.
La réouverture des écoles non fonctionnelles, sous couvert de garanties sécuritaires, vise à réduire les inégalités territoriales d’accès à l’éducation. L’intégration des enseignants des écoles communautaires dans la fonction publique répond à un impératif de stabilisation du système éducatif et d’amélioration des conditions d’enseignement.
L’augmentation du budget de l’éducation et la mise en œuvre des recommandations issues des états généraux apparaissent comme des leviers structurants pour restaurer la confiance dans l’école publique.
Sur le plan scientifique, la proposition d’allouer 1% du PIB au Fonds compétitif pour la recherche et l’innovation technologique constitue une orientation ambitieuse. Elle positionne la recherche comme un moteur de productivité, d’innovation locale et de valorisation des savoirs nationaux, indispensables à la transformation structurelle de l’économie.
L’adoption d’une politique nationale de promotion des langues officielles participe, quant à elle, à une meilleure inclusion sociale et à une démocratisation de l’accès au savoir.
Jeunesse et employabilité : répondre au défi démographique
Dans un pays marqué par une forte croissance démographique, les recommandations du CESEC mettent clairement l’accent sur la jeunesse comme acteur central du développement. La création d’un Fonds public dédié à l’entrepreneuriat des jeunes vise à stimuler l’auto-emploi et à réduire la pression sur le marché du travail formel. La structuration du secteur du sport est également envisagée non seulement comme outil de cohésion sociale, mais comme un secteur économique à professionnaliser.
L’adoption du Cadre national des certifications et la construction de lycées professionnels et de centres publics de formation professionnelle répondent à un enjeu majeur : l’adéquation formation-emploi. En structurant les parcours et en valorisant les compétences, ces mesures peuvent contribuer à réduire le chômage des jeunes et à renforcer la productivité nationale.
La réglementation des cérémonies de montée des couleurs et le renforcement des moyens de la Direction générale de la Construction citoyenne traduisent une volonté de consolidation des valeurs civiques et républicaines, considérées comme des piliers de la stabilité institutionnelle.
Une vision intégrée du développement
À travers ces recommandations, le CESEC propose une approche intégrée du développement, où culture, éducation, recherche, entrepreneuriat et citoyenneté ne sont plus traités de manière isolée, mais comme des composantes interdépendantes d’un même projet national.
La portée socio-économique de ces propositions réside dans leur cohérence : investir dans la culture pour renforcer l’identité et créer de la valeur ; renforcer l’éducation et la recherche pour consolider le capital humain ; structurer l’entrepreneuriat et la formation pour absorber le dynamisme démographique.
Reste désormais l’enjeu de la mise en œuvre. Car, au-delà des orientations stratégiques, c’est la capacité à traduire ces recommandations en politiques publiques opérationnelles qui déterminera leur impact réel sur le développement harmonieux du Mali.
Abdoulaye Diabaté dit Sega
